La colère gronde dans les campagnes
« On fait notre boulot… pendant que d’autres font à peine le leur ! »
Le ton était donné ce mercredi 4 décembre à 14 h lors d’un contrôle surfacique mené chez Dominique Faulin, éleveur à St Marcelin de Cray, par une contrôleuse de l’ASP. Prévenus à la dernière minute – comme bien trop souvent – plusieurs agriculteurs locaux se sont rassemblés pour accueillir la contrôleuse et exprimer collectivement leur exaspération.
Contrôlés… mais jamais entendus
« Des contrôles express… mais pour les aides à l’installation et au développement de nos exploitations, le Conseil régional semble avoir tout son temps ! » dénonçaient la dizaine d’agriculteurs présents.
Car si les contrôles se multiplient, les aides régionales, elles, n’arrivent pas : dossiers bloqués, paiements en attente depuis des mois, impossibilité de joindre un interlocuteur. Dominique Faulin résume une situation devenue intenable : « Aujourd’hui, être contrôlé, c’est normal. Mais on est aussi concernés par des problèmes qui s’accumulent : la FCO sur les veaux, et une subvention bâtiment attendue depuis des mois. J’ai affiché le logo de la Région comme demandé… mais l’argent n’arrive pas. » Son technicien de la chambre d’agriculture a pourtant tout déposé dans les délais, la demande de paiement a été envoyée en juillet. Depuis, aucun retour : « pas de réponse au téléphone, pas de mail, même notre courrier début novembre est resté sans réponse.»
Un contexte explosif
Pour Anthony Decerle, président du syndicat local, cette mobilisation était nécessaire : « Il faut faire sonner le tocsin pour faire passer nos messages. C’est pour ça que nous sommes présents aujourd’hui. »
Le contrôle du jour – programmé par l’ASP via Télépac – serait lié à la reprise par l’exploitant d’une parcelle de 5 ha laissée en friche. Le fond n’est pas contesté : « Le contrôle est normal », reconnaissent les agriculteurs. Mais tout le reste pose problème : la forme, le contexte, la fréquence.
Ces derniers jours, quatre contrôles ont été effectués dans un rayon de quelques kilomètres. « On ne peut pas envoyer des agents dans des fermes où les exploitants attendent depuis des mois des aides vitales.», résume Jérémy Decerle, présent sur place.
Suradministration : trop de contraintes pour les agriculteurs
La mobilisation a mis en lumière l’excès de formalismes qui étouffe les exploitants. Pour Serge Dessolin, adjoint au maire de St Marcelin de Cray et ancien agriculteur :« Ce n’est pas le travail qui a fait peur à mon fils pour reprendre l’exploitation, c’est les contraintes. »
Même constat du côté de l’exploitation Faulin, où Madame Faulin, secrétaire de profession et véritable bras droit administratif de son mari dénonce : « Les heures passées avec mon mari à gérer la paperasse et cette suradministration… et jamais de réponse du Conseil régional, c’est surréaliste. » et de poursuivre « Et là un mail pour annoncer un contrôle 24 h avant, ce n’est pas ça une vraie prise de contact.»
La réalité du terrain, oubliée ?
Les agriculteurs rappellent qu’ils sont les premiers à veiller sur leurs territoires :
« Après la tempête de juillet [ndlr :des dégâts importants ont eu lieu dans le secteur en Juillet suite aux rafales de vent], ce sont les agris qui ont été dehors trois jours non-stop. Et au quotidien, l’’élagage des chênes pour la fibre, les chemins à remettre en état… On veut bien rendre service, mais il faut du bon sens et de la reconnaissance. »
Un message clair
Tous le répètent : le contrôle s’est bien passé, mais la méthode, le timing et le contexte ne sont plus acceptables. La colère monte dans les campagnes, et ce 4 décembre, les agriculteurs ont sonné l’alarme.
Jérémy Decerle : “Il faut entendre ce qui se passe dans les fermes”
Présent lors de la mobilisation, Jérémy Decerle, député européen et local de l’étape, a tenu à rappeler la réalité du terrain :« Vous avez ici des gens responsables et censés, qui vous disent le fond de leur pensée. Avec la situation de l’agriculture aujourd’hui, envoyer des contrôleurs sans tenir compte du contexte, c’est un risque que l’administration fait prendre à tout le monde. »
Il critique la méthode de prévenance : « Un simple mail perdu parmi d’autres, ce n’est pas acceptable. Les agriculteurs doivent être prévenus correctement. »
Pour lui, la situation est alourdie par l’empilement des difficultés : « Entre le Mercosur, la DNC, les retards du Conseil régional et une PAC au rabais, il n’y a plus de cohérence pour les agriculteurs. « Une mobilisation agricole se prépare au niveau européen » souligne-t-il.
Et de conclure en assumant son rôle :« Faites passer le message que tout s’est bien passé, mais que les agriculteurs avaient des choses à dire. Je prends ma part de responsabilité pour relayer leurs inquiétudes. »