DNC: Tenir la ligne pour protéger nos cheptels !
Retrouvez le point de vue des scientifiques, le témoignage de la Savoie et les zones vaccinales.
Face à la crise sanitaire de la DNC, nos élevages traversent une période difficile. Dans un contexte déjà tendu, la maladie suscite peur, colère et incompréhension. La FNSEA, appuyée par des scientifiques et des épidémiologistes, agit en s’appuyant sur ces éléments pour protéger nos élevages. Cette ligne, parfois difficile à comprendre n’a pourtant qu’une seule finalité : protéger nos cheptels français. On ne peut pas « proposer simple » dans un sujet aussi complexe : c’est pourquoi nous tenions à vous transmettre ce point de situation nécessaire.
DNC : une maladie grave, contagieuse, qui impose rigueur et responsabilité
Aujourd’hui, un point de situation sur la maladie en France :
- 110 foyers identifiés dans 75 élevages (sur 125 000 élevages en France détenant plus de 5 bovins)
- Environ 3 200 bovins abattus (sur 17 millions de bovins en France) soit 0.02 %
- Une mortalité liée à la DNC de 10 % et une morbidité de 40 à 45 % dans les troupeaux touchés.
Ces chiffres ne permettent pas d'apaiser la douleur que représente l’abattage des lots infectés. Ils permettent d’éclairer l’enjeu des efforts réalisés par les élevages touchés pour sécuriser le reste des élevages du territoire
La preuve par l’exemple : la Savoie ressort la tête de l’eau
La Savoie a été l’un des premiers départements frappés par la DNC , et l’un des plus durement touchés. Lors du premier cas, la maladie étant alors inconnue en France, le délai entre la détection des symptômes et le dépeuplement a été long — dix jours durant lesquels la DNC a pu se développer au sein du troupeau. Les témoignages des éleveurs touchés sont sans équivoque : 14 vaches gravement malades avec des fièvres dépassant 40°C », et 3 mortes sur 42 en seulement 10 jours.
La stratégie appliquée dans les Savoie — abattage, limitation des mouvements et vaccination— a porté ses fruits. 80 % du cheptel vacciné en trois semaines dans la zone concernée et la majorité des élevages ont dorénavant repeuplé ; les élevages redémarrent !
Un éleveur savoyard en témoigne :
- « On n'est pas passé à la télé, on ne s'est pas occupé des réseaux sociaux, mais on a fait le boulot pour gérer la maladie. La stratégie n'est pas agréable, on en a chialé, mais elle est efficace ! On a traversé les périodes les plus sombres de notre vie, mais on est content de ressortir la tête de l'eau. »
- « Financièrement, on s'est battus pour obtenir des expertises justes, tenant compte de la valeur génétique des animaux, des 15 % de pertes liées au repeuplement, des frais sanitaires du kit d’introduction, des frais de transport et des pertes indirectes. »
- « C’est le jour après la nuit. »
La Savoie montre qu’en suivant les règles sanitaires, il est possible de stopper la maladie et de relancer les élevages de manière sécurisée.
Ecouter le témoignage de François Chamot, éleveur et secrétaire général de la FDSEA des Savoies
Tenir la ligne, même si elle est étroite
Le protocole actuel de gestion de la maladie (limitation des mouvements dans les zones infectées, vaccination généralisée et dépeuplement du lot contaminé) est exigeant, nous le savons.
Mais à ce jour, il s’agit de la seule stratégie scientifiquement validée pour maîtriser cette maladie délétère pour nos productions bovines et pour éviter que la France ne soit placée « sous cloche » par l’Union Européenne, avec des conséquences économiques potentiellement désastreuses sur les exportations de broutards, veaux laitiers et fromages au lait cru.
Enjeux pour la FNSEA : contenir la maladie et protéger nos élevages
Depuis le début de cette crise, l’enjeu pour notre réseau FNSEA est de contenir la maladie pour protéger nos élevages tout en préservant notre force commerciale.
La FNSEA poursuit son travail pour améliorer le protocole de gestion de la DNC. Une vaccination élargie, voire généralisée à l’ensemble du territoire, est à l’étude, en prenant en compte l’ensemble des facteurs (délai de disponibilité des vaccins — plus de 15 millions de doses à obtenir — et modalités de mise en œuvre, impact sur les exports).
Plus localement, en Saône-et-Loire, nos réseaux travaillent en lien avec les acteurs commerciaux et sanitaires pour fluidifier la commercialisation des animaux vaccinés dans le respect de la réglementation en vigueur et des exigences de nos clients – italiens notamment.
Pourquoi l’abattage sélectif proposé dans les Pyrénées n’est pas retenu ?
Lors d’une réunion tenue hier en Ariège, un consortium a proposé la mise en place d’un protocole sanitaire alternatif visant à éviter l’abattage total des lots infectés.
Ce protocole -non retenu- inclurait notamment des analyses virologiques sur tous les animaux sains d’un lot infecté. Les experts soulignent en effet un biais majeur : des animaux sains, sans symptômes et négatifs en PCR peuvent malgré tout être porteurs du virus, ce qui fausserait les résultats du protocole proposé.
En effet, autant une analyse PCR sur un prélèvement réalisé sur nodule d’un animal présentant des symptômes est fiable à 100 %, autant la PCR sur sang ne l’est qu’à 10–15 %, rendant toute surveillance fondée sur ce seul outil inopérante et non sécurisée.
L’application d’un protocole reposant sur un abattage sélectif des animaux positifs en virologie ferait courir un risque significatif de diffusion de la maladie.
Mise en place d’une zone vaccinale dans les Pyrénées
Face à la multiplication rapide des foyers dans les Pyrénées — parfois situés à plus de 50 km les uns des autres — il est désormais établi que des déplacements d’animaux contaminés ont contribué à diffuser la maladie hors de toute maîtrise sanitaire.
Cette situation a conduit la FNSEA à demander, et à obtenir, la mise en place d’une zone vaccinale (ZV) couvrant l’ensemble des départements concernés, afin de créer une ceinture de protection autour des zones infectées.
Cette décision, prise dans l’urgence, mais fondée sur l’avis des épidémiologistes, vise à stopper la circulation virale, à protéger les élevages indemnes et à éviter que de nouveaux foyers ne placent la France « sous cloche » au niveau européen.
La vaccination dans cette zone représente un effort important pour les éleveurs, mais nécessaire pour contenir la progression de la DNC et sécuriser nos filières.
Nos revendications vis-à-vis de l’Etat
Nos revendications vis-à-vis de l’Etat :
- Communiquer clairement et régulièrement : expliquer la maladie, informer sur la situation, replacer les décisions dans leur contexte scientifique et reprendre la main sur les faits face aux émotions et au déferlement de violence.
- Garantir l’accompagnement humain des éleveurs dès l’annonce aux éleveurs concernés par un cas de foyer déclaré de DNC.
- Obtenir des retours précis sur les enquêtes épidémiologiques afin de comprendre l’origine des contaminations et éviter la propagation de fausses rumeurs.
- Obtenir une nouvelle zone de surveillance pour le foyer du Doubs, permettant de passer la zone de surveillance 4 (nord-est de la Saône et Loire concernée) en zone vaccinale en Saône-et-Loire.
Face au déferlement d’informations sur les réseaux sociaux et dans les médias, il est essentiel de rester factuel et uni. La discipline sanitaire et la connaissance scientifique doivent guider nos actions.
Nous n’avons pas choisi la voie facile : nous avons choisi celle de la responsabilité. Cette ligne est difficile, elle est étroite, mais c'est une voie qui protège nos élevages et assure l’avenir de nos filières.
Tenons ensemble, gardons la tête froide, et avançons avec responsabilité!