À Cuiseaux, les éleveurs tirent la sonnette d'alarme : « Rien ne justifie une telle chute des prix »

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À Cuiseaux, les éleveurs tirent la sonnette d'alarme : « Rien ne justifie une telle chute des prix »

Près de 90 éleveurs se sont mobilisés ce mardi 28 juillet devant le site Bigard de Cuiseaux, leader français de la viande bovine. Une action coordonnée par la Fédération nationale bovine (FNB), dans le cadre d'une mobilisation qui a rassemblé près de 1 500 éleveurs sur quinze sites en France. Face à une chute brutale et injustifiée des cours de la viande bovine et des broutards, les producteurs ont voulu adresser un message clair aux opérateurs : ils refusent que leur revenu serve une nouvelle fois de variable d'ajustement.

Dès 4 heures du matin, les tracteurs se sont positionnés devant les grilles de l'abattoir Bigard. Avant les prises de parole, Anton Andermatt, secrétaire général de la FDSEA de Saône-et-Loire, a tenu à remercier chaleureusement l'ensemble des délégations présentes, venues de Saône-et-Loire, de l'Ain, du Doubs, de la Haute-Saône, du Rhône, de l’Isère et des Savoie. Une mobilisation interrégionale qui témoignait de la détermination de toute une profession à défendre son revenu et l'avenir de l'élevage.

Aux côtés des éleveurs étaient présents Michel Joly, trésorier national de la FNB et administrateur de la FDSEA 71, Guillaume Gauthier, vice-président de la FNB et président de la section bovine de la FDSEA 71, ainsi que Jonathan Janichon, membre du bureau de la FNB et président de la FDSEA de l'Ain.

Deux ans d'efforts balayés en quelques semaines

Deux ans d'efforts balayés en quelques semaines

Le message porté par les responsables de la FNB est sans ambiguïté : les cours avaient mis près de deux ans à retrouver un niveau enfin rémunérateur, avant de s'effondrer en l'espace de quelques semaines.

« On a mis près de deux ans à construire ces prix. En deux mois, on est revenu en dessous des niveaux d'avant, sans aucune raison économique », a résumé Guillaume Gauthier. « La décapitalisation du cheptel se poursuit, les conséquences des crises sanitaires, notamment de la FCO, ont fortement réduit les naissances et plusieurs centaines de milliers de veaux et de jeunes bovins manqueront dans les mois à venir. Dans ces conditions, le marché aurait dû rester ferme. »

La première alerte est apparue sur le marché des jeunes bovins, avec des baisses successives inédites de 15 centimes par kilo et par semaine. Très rapidement, cette tendance s'est propagée à l'ensemble de la filière.

Une stratégie commerciale dénoncée

Pour le vice-président de la FNB, cette baisse ne résulte pas des fondamentaux du marché mais des choix opérés par certains industriels.

De la viande française vendue à prix bas sur le marché italien par des opérateurs français a notamment entraîné une baisse des cotations des jeunes bovins en Italie, avant de se répercuter sur les marchés espagnol, allemand et polonais. Dans un second temps, cette baisse s'est directement reportée sur le marché des broutards français.

Une analyse partagée par Jonathan Janichon, membre du bureau de la FNB. Selon lui, certains opérateurs ont utilisé ce contexte européen comme prétexte pour entraîner l'ensemble du marché français vers le bas.

« Rien, objectivement, ne justifie un tel décrochage des prix. La production bovine continue de diminuer, les effets de la décapitalisation sont toujours là et les besoins des marchés demeurent. Cette stratégie peut sembler rentable à très court terme pour certains industriels, mais elle met en péril l'avenir de toute la filière bovine», souligne-t-il.

La consommation ne s'effondre pas

La consommation ne s'effondre pas

Autre argument avancé par les opérateurs : une baisse de la consommation.

Là encore, Guillaume Gauthier démonte cette analyse. Les données consolidées utilisées par la FNB, basées sur les bilans réels de production, d'importation et d'exportation, montrent une baisse de consommation inférieure à 1 % sur le premier semestre 2026, une évolution comparable aux années précédentes.

Les responsables syndicaux dénoncent en revanche l'utilisation d'enquêtes déclaratives auprès des consommateurs, souvent beaucoup plus alarmistes, qui ne reflètent pas la réalité des volumes commercialisés.

Même constat concernant les exportations de broutards. Si les volumes exportés diminuent, c'est avant tout parce que les animaux sont moins nombreux à être nés ces derniers mois. Pour la FNB, cette baisse de l'offre ne peut en aucun cas justifier l'effondrement des cours.

Un sentiment de trahison

Pour Michel Joly, trésorier de la FNB, cette situation suscite une profonde colère chez les éleveurs.

« Depuis deux ans, nous avions enfin réussi à reconstruire des prix plus rémunérateurs grâce au travail engagé avec les opérateurs et au développement de la contractualisation. Aujourd'hui, nous avons le sentiment que ces efforts sont balayés et que certains retombent dans leurs anciens réflexes. »

Jonathan Janichon partage cette inquiétude. Selon lui, casser les prix aujourd'hui, c'est prendre le risque de décourager les éleveurs, de freiner les installations et de compromettre durablement le maintien de la production française. « Les industriels auront toujours besoin de bovins pour faire fonctionner leurs outils. Fragiliser les élevages aujourd'hui, c'est fragiliser toute la filière demain. »

Cette crise intervient de surcroît dans un contexte de sécheresse exceptionnelle, qui pèse lourdement sur les exploitations d'élevage et accentue encore les difficultés économiques.

Un premier avertissement

Malgré plusieurs sollicitations, aucun représentant de Bigard n'est venu échanger avec les manifestants, une attitude vivement regrettée par les responsables syndicaux.

En clôturant la mobilisation, Jérémy Gravallon, président des Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire, a rappelé que cette action constituait un premier signal adressé aux opérateurs. « Nous ne pouvons pas accepter que les prix dévissent de cette manière. Si nous ne sommes pas entendus, nous reviendrons !»